A propos du projet de loi sur la déchéance de nationalité : adresse aux parlementaires sarthois

132800-decheance-autocropbwf4lty1nxgwQuestions aux parlementaires sarthois de la majorité

Par Christophe ARNAUDY, Coordinateur du PCF 72,
et Gilles LEPROUST, Maire d’Allonnes, Président de l’Association des élus communistes et républicains sarthois

Nous sommes encore tous marqués par les horribles attentats de 2015.

Cette période devrait nous appeler (élus, citoyens, responsables politiques, syndicaux et associatifs) à de la retenue et à ouvrir un débat républicain sur les causes de ces actes barbares, et sur les pistes de réflexion pour relever le défi de l’obscurantisme.

Pour notre part, nous pensons qu’il y a nécessité de rejeter tout amalgame et de décliner concrètement la devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité », enrichie de « Laïcité » et de « Démocratie ».

Aucune surenchère de déclaration ou de loi ne peut avoir la prétention de régler le problème et, ainsi, de tenter d’étouffer la nécessaire confrontation d’idées.

Toute femme et tout homme de gauche, tout républicain, doit être mobilisé dans un esprit de responsabilité afin d’animer ce débat au plus près des citoyens.

C’est dans ce cadre qu’il faut analyser le projet de loi gouvernemental imposé par le Président de la République et son Premier Ministre concernant la déchéance de nationalité.

Bien sûr, il ne s’agit pas de se priver des dispositifs de sécurité face aux menaces terroristes, mais il faut oser affirmer que la réponse sécuritaire ne peut être que de courte durée.

Quant à la proposition de déchéance de nationalité, oui, il s’agit bien d’une proposition venant de l’extrême droite, qui a d’ailleurs été combattue, en son temps, par les deux responsables actuels de l’exécutif.

Oui, cette mesure ouvre une brèche dans le droit du sol, qui fait partie de notre identité républicaine et qui est attaqué depuis des décennies par l’extrême droite.

Oui, cette mesure placerait les Français binationaux, nous en connaissons tous dans notre entourage, sous un régime juridique différent de celui de tous les autres Français. Elle créerait de fait une différence de droit entre les citoyens français. N’oublions pas que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui fonde notre République considère les citoyens comme « égaux en droit ».

Le Premier Ministre parle de décision symbolique, affirme qu’une « partie de la gauche s’égare au nom de grandes valeurs ».

Ces déclarations sont inacceptables venant d’un Premier Ministre se revendiquant de gauche.

Oui, Monsieur le Premier Ministre, en politique il faut du courage, mais le courage ce n’est pas de courir derrière le Front National, c’est de le combattre par une politique véritablement de gauche, citoyenne et solidaire.

Nous nous félicitons que monte du pays une mobilisation contre ce coup de force, venant de juristes, de journalistes, d’intellectuels, de nombreux responsables politiques de gauche dans leur diversité et notamment émanant du Parti Socialiste.

Nous pensons à Pierre JOXE et nous partageons avec lui l’idée que le Parlement a son rôle à jouer, car « en France, la loi ne découle pas d’un discours, même proféré à Versailles ».

Nous en appelons donc à l’ensemble des députés se réclamant de la gauche afin qu’ils s’opposent à ce « coup de force ».

Déjà les parlementaires du Front de Gauche, d’Europe Ecologie-Les Verts, ont exprimé leur opposition à ce projet de loi. De nombreux parlementaires socialistes s’apprêtent à faire de même.

Nous demandons que les parlementaires sarthois de la majorité s’expriment clairement sur cette importante question et qu’ils s’engagent contre cette loi.

Cette question nécessite de la transparence et ne peut être ramenée à une guerre de petites phrases qui aggravera la crise de la politique que connaît notre pays, crise qui se traduit notamment par une abstention massive aux élections.

Cette question nécessite que soit ouvert un grand débat public, national, permettant à l’ensemble de nos concitoyens d’intervenir, de confronter leurs points de vue et de donner leur avis.

Nous invitons les parlementaires sarthois de la majorité à prendre toutes les dispositions nécessaires, en lien avec les élus locaux qui en accepteront l’idée, pour que se tiennent, dans les communes, des réunions publiques permettant ces échanges.
Le 30 décembre 2015.

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